Avortement sécurisé : l’ABBEF prône l’allègement des lois

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Les chiffres de l’avortement au Burkina Faso font froid dans le dos. Au cours du premier semestre de l’année 2020, 96 personnes répertoriés dans 07 CSPS ont demandé l’avortement et parmi elles, 90% sont des victimes d’incestes ou de viol. 

Deux filles enceintes du même homme se présentent dans un centre de santé de Ouagadougou accompagnées par leur mère. L’auteur des deux grossesses n’est autre que leur frère ainé. La mère ne sait pas quoi faire dans cette situation. Du fait de ses convictions, elle ne veut pas avoir recours à l’avortement. Il s’agit là d’un cas d’inceste parmi tant d’autres

Sanata Sia, sage-femme, membre de l’Association Burkinabè pour le Bien-Être Familial (ABBEF) déclare avoir reçu dans la période de confinement des filles tombées enceintes suites à des rapports incestueux. « C’est compliqué. Ces cas-là, c’est entre frère et sœur, père-fille ou encore oncle-nièce ».

Face à ce genre de situation, la sage-femme explique que des enquêtes doivent d’abord être menées afin d’attester de la véracité des faits avant de pratiquer l’avortement sécurisé. « Il faut arriver à établir que c’est un cas de viol ou une grossesse incestueuse. Ce sont des procédures judiciaires », indique Sanata Sia.

Au Burkina Faso, l’avortement est juridiquement limité. Les deux principaux documents qui encadrent l’accès à l’interruption de grossesse sont : la loi 049 de 2005 portant santé de la reproduction et la loi 025 de 2018 portant code pénal.

L’avortement est autorisé pour préserver la santé de la femme à tout âge gestationnel ; pendant les 14 premières semaines pour les cas de viol et d’inceste ou s’il existe une malformation fœtale reconnue incurable au moment du diagnostic.

« Il est important que ces décisions législatives soient connus de tous », souligne Boureima Ouédraogo, directeur de l’ABBEF. « Les avortements non sécurisés contribuent aux décès de nos sœurs, de nos mères et de nos filles. Il est donc inadmissible qu’on soit face à ces choses qu’on pourrait éviter surtout que la loi du Burkina permet d’offrir des soins d’avortements sécurisés », poursuit-il.

Les chiffres de l’avortement dans notre pays font froid dans le dos. Au Burkina Faso un tiers des grossesses n’est pas planifié. Sur ces cas, un tiers de celles-ci se terminent par un avortement soit une grossesse sur dix.

En 2012, à peu près 100 000 grossesses ont été volontairement interrompues. La majorité de ces avortements ont été pratiqués de manière clandestine et non sécurisée.

Parmi les femmes burkinabè qui ont recours à un avortement, 41% se tournent vers des praticiens traditionnels et 23% se font avorter elles-mêmes. Ces deux manières sont celles qui engendrent le plus de complications.

57% des femmes qui ont recours à un praticien traditionnel pour se faire avorter connaissent des complications. Pour ce qui est de celles qui se font avorter elles-mêmes, 51% ont des complications.

Selon la juriste Cécile Tiendrébéogo, dans le premier semestre de l’année 2020, 96 personnes répertoriés dans 07 CSPS ont demandé l’avortement.  « Elles ont en moyenne 16 ans et 90% d’entre elles sont des victimes de viols et d’inceste », note Cécile Tiendrébeogo.

Au regard des difficultés rencontrées pour l’accès à l’avortement sécurisé, l’Association Burkinabè pour le Bien-Être Familial (ABBEF) plaide pour un allègement des lois. En rappel, la journée mondiale de la dépénalisation de l’avortement est célébrée chaque 28 septembre.

F.D

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