Passionnée du naturel depuis 2010, ATIFUFU AMEE DZIFA se lance dans le mouvement Nappy en se coupant les cheveux.  Journaliste de profession, Hada Hada comme l’appelle ses proches est aujourd’hui promotrice de la marque Hada’s Care, une entreprise qui propose des produits naturels pour cheveux et peau. L’ambition de cette entrepreneure est de convaincre les femmes africaines de retourner au naturel.

Parlez-nous de votre parcours ?

J’ai fait mes études à Lomé en lettres modernes jusqu’à la licence et après j’ai intégré une radio où j’ai passé 07 sept ans en tant que journaliste reporter et animatrice culturelle. Pendant ces 07 ans, j’ai suivi beaucoup de formation en journalisme. En 2010, je suis arrivée au Burkina Faso en tant que secrétaire de rédaction des magazines panafricains Planète enfants et Planète Jeunes. Dans la foulée, j’ai fait une licence en communication des entreprises.

D’où vous est venue l‘idée de vous lancer dans la vente de produits nappy ?

Cela remonte en fin 2010-début 2011 où il y avait déjà cette vague de femmes africaines de la diaspora qui avaient entamé leur retour au naturel. Je les suivais sur les réseaux sociaux. Et à mon anniversaire de 2011, j’ai décidé de me couper les cheveux à ras.  Cela a gêné mon entourage et choqué certains mais moi je me sentais déjà bien. Grâce aux conseils de femmes africaines, j’ai commencé à entretenir mes cheveux. Seulement les produits qu’elles conseillaient venaient de l’occident. Les retrouver sur le marché au Burkina, revenait cher et on n’était pas sûr de la qualité du produit.

A cette époque, il n’y avait presque pas de salons qui s’occupaient de cheveux naturels. Je me suis dit qu’il y a du beurre de karité, des huiles végétales à Ouagadougou et toute cette richesse naturelle devait pouvoir servir à quelque chose. Avec cette matière première, j’ai produit de la chantilly capillaire c’est-à-dire un mélange de beurre de karité et d’huile végétale. Cette crème est hydratante et en même temps, elle permet de nourrir les cheveux.

C’est avec ça que j’ai commencé à entretenir mes cheveux et avec tout ce que je suivais sur les réseaux sociaux, j’ai appris à me coiffer. J’ai intégré la communauté des nappy au Burkina : Faso Nappy. En 2015, une quarantaine de filles avaient commandé la fameuse chantilly capillaire. J’ai vu qu’il y avait une demande alors je me suis dit pourquoi ne pas rendre la tâche plus facile à toutes ces femmes qui décident de garder leurs cheveux naturels. C’est ainsi qu’en 2016, Hada’s Care est née.

Quelle est votre méthode de travail ?

J’ai mis l’accent sur la présence digitale qui permet d’amplifier une activité, de créer une entreprise et de la faire vivre. J’ai une forte présence sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter et YouTube). Ce n’est pas seulement pour le chiffre d’affaire, il faut aussi sensibiliser sur l’entretien des cheveux naturels. Moi je fais plus de sensibilisation que de vente. Les produits sont disponibles dans des boutiques qui font la promotion de produits naturels et dans des salons que ce soit au Burkina, en Côte d’Ivoire, au Togo et bientôt au Sénégal.

Parlez-nous des difficultés que vous rencontrez

La principale difficulté pour tout entrepreneur africain c’est déjà les finances. C’est sur fonds propres pour l’instant et ce n’est pas très aisée dans ce cadre-là.

Ensuite, on est dans un marché très concurrentiel où il y a déjà des géants. Les salons de coiffures de cheveux naturels existent mais ne sont pas nombreux car beaucoup de femmes préfèrent les cheveux faciles à manipuler donc défrisés. Il y a encore cette mentalité qui existe et on se dit qu’avec l’abnégation et le courage de tous ces acteurs de l’afro business on finira par y arriver.

Quelles sont vos projets ?

Nous comptons trouver un siège pour l’entreprise et recruter plus d’employés. Nous allons également développer l’activité et faire beaucoup plus de sensibilisation. C’est vrai qu’au Burkina, on est plus d’un million sur les réseaux sociaux surtout sur Facebook mais nos mamans qui sont au marché et nos sœurs qui sont dans d’autres quartiers qui n’ont pas forcément accès à internet ont aussi besoin de savoir comment entretenir leurs cheveux naturels, et pourquoi les garder. Il y a des projets en ce sens pour aller vers ces populations qui n’ont pas accès à ces nouveaux médias. Il y a aussi des partenariats en vue.

Que pensez-vous des femmes en politique ?

Il y a peu de femmes en politique mais celles qui y sont se battent très bien. C’est déjà bien de savoir que ce n’est pas impossible, tout réside dans la volonté et dans la vision. Si vous avez l’ambition de faire la politique, d’y réussir, vous y parviendrez. En politique, on ne se fait pas de cadeaux, il y a beaucoup de coup- bas. Je pense qu’il faut qu’il y ait plus de femmes qui s’intéressent  à ce domaine parce qu’on a aussi besoin de leurs voix.

Êtes-vous féministe ?

(Rires) Autour de moi, j’entends dire que je suis féministe. Le milieu dans lequel j’ai été éduquée, on ne m’a jamais dit que mon frère est plus intelligent que moi parce que j’ai prouvé le contraire. Si le fait de vouloir être traité de la même manière que les hommes c’est être féministe alors je l’accepte.

 

Comment peut-on améliorer les conditions de la femme selon vous ?

Pour améliorer les conditions de la femme ça doit venir de la femme elle-même.  C’est bien de culpabiliser les autres, mais on ne doit pas oublier que la femme a sa part de responsabilité dans sa situation.  Il faut que la femme ait d’abord une base d’entrepreneur ou une ambition de réussir pour qu’on lui donne un coup de main. C’est pourquoi il y a des murmures autour de leur nomination.  On doit comprendre qu’une femme qui est indépendante financièrement est épanouit.

  Aminata GANSONRE

1 COMMENTAIRE

Laissez votre commentaire ici !