Arabie saoudite : début du procès de la militante du droit des femmes Loujain al-Hathloul

221

Le procès de la militante saoudienne Loujain al-Hathloul, arrêtée il y a près d’un an lors d’une campagne en Arabie saoudite contre des activistes des droits humains, débute à Riyad. Selon Amnesty, elle pourrait être poursuivie pour terrorisme.

Le procès de dix militantes saoudiennes de la cause des femmes s’est ouvert mercredi 13 mars devant un tribunal pénal de Riyad. Parmi elles, figure Loujain al-Hathloul, connue pour sa lutte contre l’interdiction de conduire et le système de tutelle masculin en Arabie saoudite. Âgée de 29 ans, elle a été arrêtée le 15 mai 2018, un mois à peine avant la levée historique d’une mesure interdisant aux femmes de conduire.

« Une utilisation abusive d’un système pénal »

Le président de la cour Ibrahim al-Sayari n’a pas précisé les charges pesant contre elle et les autres militantes, mais selon ses proches et Amnesty International, elle pourrait comparaître pour terrorisme devant ce tribunal de Riyad.

« Selon ce qui a été diffusé dans les médias proches du gouvernement au moment de son arrestation, elle est accusée d’avoir violé le décret royal 44A qui est le décret d’application de la loi antiterroriste de 2014 », explique Katia Roux, chargée de plaidoyers pour Amnesty International, contactée par France 24. « Selon ces sources, elle est soupçonnée de contact suspect avec des entités étrangères, recrutement de personnes occupant des postes gouvernementaux sensibles et enfin de fournir un soutien financier à des entités hostiles à l’étranger dans le but de porter à atteinte à la sécurité et à la stabilité du pays ».

La militante saoudienne Loujain al-Hathloul

« On est face à une utilisation abusive d’un système pénal. Loujain s’est simplement filmée en train de conduire et elle a pris position contre la tutelle masculine. C’est un écart énorme entre son action et les faits pour lesquels elle serait poursuivi », poursuit Katia Roux.

 

Jusqu’à 20 ans de prison

Pour Amnesty international, le message est clair. Il s’agit d’étouffer dans l’œuf les voix dissidentes. « Si vous vous mobilisez et que vous revendiquez ces droits, vous êtes passible d’arrestation et de condamnations tout à fait arbitraire. Loujain risque dans le cadre d’une condamnation antiterroriste jusqu’à 20 ans de prison », résume Katia Roux.

Certaines militantes, dont Loujain al-Hathloul, ont également été victimes de harcèlement sexuel et de torture pendant les interrogatoires, selon sa famille et des groupes de défense des droits humains. Ces accusations ont été rejetées par le gouvernement saoudien.

Les députés européens ont voté en février une résolution appelant à leur libération immédiate. Lors de la remise du prix Simone Veil, le président français Emmanuel Macron a également apporté pour la première fois son soutien à Loujain al-Hathloul en affirmant que la militante a été « emprisonnée simplement parce qu’elle avait critiqué le système qui place les femmes sous la tutelle des hommes ». Amnesty International a salué cette prise de position, mais pour l’ONG, la communauté internationale doit continuer à faire pression sur l’Arabie saoudite. « Il faut lui montrer qu’elle ne peut pas violer les droits humains en toute impunité », insiste Katia Roux.

La répression des militants des droits humains a entraîné de nombreuses critiques à l’international à l’égard de l’Arabie saoudite, dont l’image a été fortement ternie depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre dans l’enceinte du consulat saoudien à Istanbul.

La semaine dernière, trente-six pays ont condamné le meurtre du journaliste saoudien devant l’ONU et réclamé à Riyad une enquête « rapide et approfondie » afin que les responsables soient jugés.

Source : france24.com

Laissez votre commentaire ici !