Aï Kéita, la figure des femmes marginalisées dans les foyers polygamiques

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Vedette du cinéma africain, Aï Kéita est connue pour ses rôles de femme battante. Avec à son actif plus d’une trentaine de films et une expérience de 35 ans, le métier de comédien n’a plus de secret pour elle.  Zoom sur l’actrice qui incarne à merveille le rôle des femmes délaissées dans les foyers polygamiques.  

Ancienne fonctionnaire au Centre Hospitalier Yalgado de Ouagadougou, Aï Kéita Yara est une comédienne de cinéma burkinabè depuis 1986. A l’image de la plupart des acteurs comédiens, Aï Kéita est arrivée dans ce métier par hasard. C’est à l’occasion d’une querelle avec un jeune de son quartier qu’elle est repérée par un réalisateur mauritanien, Med Hondo.

Suite à la proposition de ce dernier, Aï Kéita accepte de jouer le rôle principal dans « Sarraounia ». Ce film a d’ailleurs remporté l’étalon de Yennenga en 1987. Depuis ce premier film, Aï Kéita a pris goût au cinéma et a décidé d’y rester : « C’est ce film qui m’a fait connaître, il a eu un grand succès », a-t-elle déclaré.

Chemin faisant, elle obtient d’autres rôles dans les films tels que « l’épopée des Mossé » de Adama Saada Traoré, “Tassouma” de Daniel Kollo Sanou. Sa persévérance et sa détermination lui ont valu des récompenses dont un trophée à la 6e édition des Journées Cinématographiques de la Femme Africaine de l’image (JCFA), un trophée d’honneur aux Sotigui Awards, un trophée d’honneur aux celebrities days 2021.

De ses 35 années d’expérience dans le cinéma, Aï Kéita garde le souvenir des films où elle a incarné le rôle de la femme marginalisée dans les foyers polygamiques.  Le film qui l’a beaucoup marqué est « Sondja » du réalisateur burkinabè Maurice Kaboré. « C’était un rôle noble. Dans ce rôle, j’ai été une femme soumise à mon mari malgré son mépris et celui de mes coépouses. A cause de ma soumission j’ai fait fini par obtenir l’attention de mon mari. J’ai tellement bien incarné ce rôle à tel point qu’en ville, les femmes me remercient pour le bon exemple que je leur ai donné », se remémore Aï Kéita.

 « C’est vrai qu’on vient au FESPACO pour l’étalon du Yennenga mais… »

Actrice également dans le film « Les trois lascars » de Boubacar Diallo en compétition pour le Yennenga d’or, Aï Kéita espère un engouement des cinéphiles et des producteurs autour du film « c’est vrai qu’on vient au FESPACO pour l’étalon du Yennenga mais moi je veux plus que ça, je veux les cinéphiles, les producteurs. C’est vrai que ce sont des honneurs mais il ne sert à rien de prendre un prix et puis de se retrouver au placard. Si on gagne le prix c’est bien si non ce que moi je veux le plus c’est que le film soit acheté ».

Pour Aï Kéita, le métier de comédien ne nourrit pas encore son homme mais elle espère que la jeune génération pourra jouir financièrement de ce métier. « Peut être ça commence à venir on nous en donne un peu plus qu’avant ».

Mariée et mère de deux enfants, Aï Kéita a toujours eu le soutien et l’accompagnement de sa famille pour exercer librement ce métier de comédienne.  « J’ai commencé le cinéma avec l’autorisation de mon mari, il n’y a jamais eu de problèmes », a-t-elle indiqué.

Actuellement Aï nourrit l’ambition de réaliser un film sur sa mère qui a subi la maltraitance de ses coépouses. « Ma mère me racontait tout le temps la souffrance que lui infligeaient ses coépouses. J’aimerais réaliser un film sur son histoire pour sensibiliser les femmes sur l’importance du respect et du pardon dans le foyer », a conclu Aï Kéita.

Marie Sorgho

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