Huit jeunes filles et femmes composent Les sirènes du Faso, un orchestre féminin de la ville de Ouagadougou. Elles se nomment Marie Jeanne Idani, Carène Julia Yaméogo, Anita Kini, Yasmine Zoungrana, Adjara Simporé, Assita Sanou, Tipoko Zongo et Cynthia Diakité. Après avoir passé trois mois de formation en instruments et chants, ces passionnées de musique se lancent à la conquête des mélomanes burkinabè. Queen Mafa est allé à leur rencontre, lundi 18 Mars 2019 au quartier  Gounghin, lieu de leurs répétitions.

Qui sont Les Sirènes du Faso ?

Adjara Simporé, chanteuse : les sirènes, ce sont des filles et des femmes étudiantes, ingénieures, comédiennes, accessoiristes, assistantes en secrétariat de direction, toutes passionnées de musique qui se sont retrouvées pour créer un orchestre Les Sirènes du Faso.

Cynthia Diakité, rappeuse et guitariste : c’est M. Alain Hema, l’initiateur du projet qui a donné le nom Les sirènes du Faso. Il explique ce choix du fait que “la sirène représente la beauté et elle sait chanter”.

Quel est l’objectif visé par la création d’un orchestre 100/100 féminin ?

Cynthia Diakité, rappeuse et guitariste : dans notre pays, il est rare de voir un orchestre composé uniquement de femmes. Aussi c’est expressément fait pour attirer déjà l’attention. C’est quelque chose d’extraordinaire pour beaucoup de personnes. J’ai toujours vu des hommes à la guitare, à la batterie, au piano donc quand j’ai appris la formation d’un orchestre entièrement  féminin, j’ai eu envie d’en faire partie. Passionnée de musique live, j’ai pour ambition de m’épanouir avec d’autres filles.

Les Sirènes du Faso

Anita Kina, pianiste : Je peux ajouter que c’est aussi une manière de promouvoir le leadership de la femme.

Alain Hema, initiateur de l’orchestre : c’est pour combler un vide et donner la parole à un groupe de femmes musiciennes. C’est également prouver que les femmes instrumentistes ont une place dans la sphère de l’art musical.  Enfin à travers cet orchestre des femmes peuvent exprimer leurs préoccupations et proposer leurs solutions à la société.

Parlez-nous de vos chansons

Cynthia Diakité, rappeuse et guitariste : Nos chansons sont en live, nous n’avons pas encore d’album enregistré. Nous touchons tous les genres. De la musique traditionnelle aux sonorités modernes de sorte que tout le monde se retrouve dans ce que nous présentons quand nous prestons.

Adjara Simporé, chanteuse : Nous faisons un mélange d’interprétation et de composition personnelle. Nous avons commencé par des interprétations pour maîtriser nos instruments mais bientôt nous allons entrer en résidence pour créer des chansons et faire un album exclusivement Les sirènes du Faso.

Au-delà de la passion, pensez-vous pouvoir vivre de la musique au Burkina Faso ?

Adjara Simporé, chanteuse : je suis choriste et c’est à l’artiste de partager « son gombo » avec nous. Il y’a des périodes mortes mais si on peut bien gérer les gains, on peut en vivre. La musique est ma passion. Je dors avec, je me réveille avec, je pense musique, je vis musique. Si je pouvais me nourrir de ça, je ne ferais rien d’autre. Ce que je fais en plus, c’est juste pour pouvoir subvenir à mes besoins et financer mes projets musicaux.

Cynthia Diakité, rappeuse et guitariste : la musique n’est pas ma principale activité mais elle est très importante pour moi. Avant de faire partie de Les Sirènes du Faso, déjà en solo je suis artiste musicienne déclarée au Bureau Burkinabé du Droit d’Auteur (BBDA). La musique est un métier de rêve pour moi, si j’avais l’occasion que quelqu’un paye mon loyer et mes autres charges, je ferais la musique à temps plein. Aussi, je ne peux pas dire que la musique me nourrit parce que je suis à mes débuts. Mais autour de moi, je connais des artistes qui vivent de leur art même s’ils ont d’autres activités parallèles. La musique ne leur permet pas de construire de grosses villas mais ils payent leurs loyers et subviennent à leurs besoins. Moi je pense que tout dépend du talent, du sérieux dans le travail et de la chance.

Yasmine Zoungrana, choriste : Si tu décides de faire de la musique ton métier, tu vas y mettre les moyens et du cœur  pour que ça marche.

« En tant que femme, on doit pouvoir faire la musique comme les hommes et même mieux » Cynthia Diakité

Rencontrez-vous plus de difficultés que les hommes dans ce milieu ?

Cynthia Diakité, rappeuse et guitariste : les difficultés sont plus nombreuses pour les femmes. Sur le plan financier d’abord, la musique live a un coût. Les répétitions nécessitent la location d’une salle avec toutes les commodités ainsi que des frais de déplacements et ça demande de l’argent. Ce n’est pas évident de concilier la musique à autre chose. Tu travailles de 8h à 18h, malgré la fatigue, il faut continuer à la répétition. Et quand on rentre en résidence pour travailler, ça demande des moyens pour payer nos encadreurs. C’est l’occasion pour nous de lancer un appel à toutes les bonnes volontés passionnées de musique de nous apporter leurs soutiens. Nous acceptons l’aide de toute forme : financier ou matériel. Ensuite parce que la femme ne peut pas toujours se désengager de ses responsabilités familiales pour aller prester. Elle est obligée de concilier la vie de famille et la carrière artistique et ce n’est pas toujours évident. Tout cela fait que la femme musicienne a une grande opportunité. En ce sens qu’à travers sa musique elle peut passer divers messages pour l’éducation des jeunes filles, contre la stigmatisation des femmes, pour dénoncer certaines pratiques néfastes dans la société.

Tipoko Zongo, bassiste : Avant on ne prenait pas la femme qui fait la musique au sérieux. Mais maintenant les gens commencent à comprendre. Les femmes sont libres de passer des messages à travers leurs musiques. Mais elles rencontrent plus de difficultés en ce sens que quand elles doivent faire des répétitions ou des concerts, leurs conjoints et l’entourage ne comprennent pas et il arrive que ces gens le prennent mal.

Adjara Simporé, chanteuse : Dans presque tous les métiers, c’est difficile pour la femme parce qu’elle n’a pas toujours le soutien de sa famille. Ce serait bien qu’elles aient de la compréhension et du soutien pour avancer.

Carène Julia Yaméogo, à la batterie : Moi je suis étudiante et je combine la musique à mes études. Heureusement que mon père est musicien donc ça me facilite un peu les choses.

Les Sirènes du Faso (de gauche à droite): Marie Jeanne Idani, Carène Julia Yaméogo, Anita Kini, Yasmine Zoungrana, Adjara Simporé, Assita Sanou, Tipoko Zongo et Cynthia Diakité

Comment changer ce regard que la société porte sur les femmes artistes musiciennes ?

Anita Kini, pianiste : Déjà, il faut exceller dans ce que l’on fait. Si tu veux revendiquer quelque chose que tu fais mal, ça ne sert à rien, on ne fera que t’enfoncer. La première chose à faire c’est donc exceller dans ce que l’on fait.

Adjara Simporé, chanteuse : c’est vrai que depuis notre sortie de résidence, beaucoup de gens nous soutiennent mais il faut que nous travaillions vraiment dur. Au début le public s’intéresse à nous parce que nous sommes un orchestre féminin et ce n’est pas habituel. Mais si on ne bosse pas deux fois plus que les hommes, l’intérêt ne nous servira pas. Pour changer le regard des gens, il faut que nous-mêmes on change notre regard. C’est à nous de montrer qu’on mérite le respect.

L’orchestre en répétition

« Certaines estiment que du fait qu’elles soient des femmes, elles ont droit à des avantages. Mais ce n’est pas vrai »

Cynthia Diakité, rappeuse et guitariste : certaines estiment que du fait qu’elles soient des femmes, elles ont droit à des avantages. Mais ce n’est pas vrai. En tant que femme, on doit prouver qu’on peut faire la musique comme les hommes et même mieux. Il faut que lorsque joue de notre instrument, on ne dise pas « oh c’est une femme » mais plutôt qu’on voit l’artiste. On peut également changer ce regard de la société en invitant les femmes à nous soutenir davantage, on doit se serrer les coudes. Nous les invitons à nous écouter, à cerner les messages que nous passons dans nos chansons au lieu de nous coller une étiquette. Il ne faut pas qu’elles nous voient comme des “femmes faciles”. Ce n’est pas le cas. La musique est un métier et c’est aussi pour les femmes que nous chantons. Aujourd’hui quand on écoute Aïcha Koné, c’est une fierté pour toutes les femmes africaines. Bien d’autres femmes ont réussi à faire la fierté de tout un continent à travers leurs chansons.

Quels sont vos projets musicaux ?

Adjara Simporé, chanteuse : En ce moment nous faisons des prestations là où nous sommes sollicitées ainsi que la promotion du groupe. Nous préparons également la sortie de notre tout premier album.

Propos recueillis par Faridah DICKO

Composition de l’orchestre Les Sirènes du Faso 

  1. 1. Adjara Simporé (Chanteuse)
  2. Cynthia Diakité (Rappeuse et guitariste)
  3. Marie-Jeanne Idani (Batterie)
  4. Carène Julia Yaméogo (Batterie)
  5. Anita Kini (Pianiste)
  6. Yasmine Zoungrana (Choriste)
  7. Assita Sanou (Guitariste)
  8. Tipoko Zongo (Bassiste)

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