Esther Bereka Barro connue sous le pseudonyme d’Esthy Barro est une entrepreneure qui fait parler d’elle sur les réseaux sociaux. Son parcours, son dynamisme et son courage forcent l’admiration. Juriste de formation, communicatrice et promotrice culturelle, Esty Barro est également très engagée dans la vie associative depuis près d’une dizaine d’années. Un engagement qui lui a donné le goût de la politique. Dans cet entretien, Esthy Barro se dévoile .
Vous ambitionnez vous présenter aux élections présidentielles lorsque vous aurez 35 ans, quelles sont vos motivations ?
J’aime beaucoup la politique parce que c’est l’art de gérer la cité. Je pense qu’il n’y a rien de tel que de voir une femme gérer une cité car dans nos familles, nous le faisons très bien. Mettre la femme au-devant d’une nation, je pense que les choses vont beaucoup bouger.
Avez-vous déjà peur de vous engager ?
Non. Je n’ai pas peur de m’engager. Je maîtrise un peu la politique que je vois autrement. C’est vrai que c’est un peu mal perçu en Afrique plus précisément chez nous. Si Dieu me donne la santé et la longévité, il se pourrait que je me présente comme d’autres sœurs. J’ai mis en place un cadre de concertation, de formations et de communication avec des jeunes filles leaders et très engagées. Par rapports aux questions politiques, on échange beaucoup. Alors, il se pourrait que l’une d’elles ou une jeune fille qui nous suit de très loin, décident aussi de se présenter.
Faut-il forcément une femme pour faire bouger les choses ?
Oui, parce que la femme n’a pas un esprit égoïste. Quand la femme doit prendre une décision, elle pense à ses proches, à ses enfants, à sa famille et à ceux qui l’entourent. Mais l’homme est très égoïste. Donc dans ce sens, j’affirme qu’une femme peut bel et bien gérer une nation parce qu’elle pense aux autres. Quand on analyse bien, ce sont les femmes qui font la politique. Pourquoi lorsqu’on doit faire la mobilisation, ce sont les femmes qu’on recherche ? Elles font les communications, c’est comme si c’est elles qui faisaient tout et les hommes étaient devant.
Avez-vous les compétences nécessaires pour prétendre à un tel poste ?
Oui. Je suis leader associative depuis presque une dizaine d’années maintenant. J’ai commencé très jeune à gérer des personnes, des activités et on se forme au fur et à mesure. C’est à peu près la même chose que la politique qui consiste à gérer les hommes et la cité. L’expérience que j’ai le prouve davantage. Je pense que j’ai les compétences nécessaires pour gérer une nation.

Jamais dans son histoire, une femme n’a dirigé le Burkina Faso. Est-ce parce qu’elles sont incapables ?
Non. Ce n’est pas parce qu’elles n’ont pas les compétences nécessaires, ni les rudiments. Elles n’ont pas de confiance en elles et le courage. Elles n’ont pas aussi ces personnes qui les accompagnent et les boostent. Celles qui sont mariées peuvent par exemple avoir tous les rudiments nécessaires du monde mais, si le mari s’y oppose, c’est compliqué. On est en Afrique et on écoute beaucoup nos conjoints. Donc, ce n’est pas facile.
C’est vrai que l’opinion de son homme compte. Mais, est-ce que les femmes ne sont pas égoïstes entre elles ?
C’est une triste réalité. On n’est pas du tout solidaire et c’est le manque de confiance en soi qui cause tout cela. Je peux penser que je suis incapable de faire une telle chose même si je le veux, sans avoir le courage. Donc, je me dis que ma sœur aussi ne peut pas le faire.
Pensez-vous pouvoir changer la donne ?
C’est dans ce sens que j’ai mis en place un cadre de concertation et de formation de jeunes filles ainsi que de femmes en politique depuis deux ans maintenant. J’essaie de conscientiser et de sensibiliser comme je peux. Nous faisons les formations de soirées et j’ai commencé à pallier ce problème à mon niveau.
Quelle sont vos solutions pour en finir avec l’insécurité et le chômage des jeunes filles ?
Avec l’insécurité, il faut la participation de tout le monde. Par rapport au chômage, il y a des solutions partout. Il faut juste reconnaître ses compétences, ce qu’on aime et le domaine dans lequel, on aimerait se lancer. Je sais que Queen Mafa ne va pas fermer sa porte à des jeunes filles qui veulent venir apprendre tout comme mon entreprise Esthy label. Il faut taper à des portes. Les jeunes filles doivent aller à la recherche des opportunités. Ce n’est pas comme avant où l’on souffrait pour en avoir. Les réseaux sociaux donnent assez d’opportunités. Je peux dire que ce sont les réseaux sociaux qui m’ont fabriquée aujourd’hui. Ce ne sont pas mes diplômes qui me font travailler. C’est parce que j’ai milité dans les associations. J’ai été très présente sur les réseaux sociaux. Le poète Eluard disait que le hasard n’existe pas. Il n’y a que les rendez-vous et on ne peut pas s’assoir, puis croiser ces rendez-vous. Il faut sortir.
Avez-vous des conseils pour les jeunes filles qui veulent s’engager dans la politique ?
C’est d’abord étudier la chose, la comprendre avant de se lancer. Ne pas faire comme les autres, ne pas suivre la masse mais, savoir où aller. Quand on s’engage en politique, il faut apporter quelque chose. Que ça soit fille ou garçon, on a tendance à dire qu’on part en politique pour manger ! Non ! On part pour apporter sa contribution !
Dans une interview que nous avons réalisée avec Balkiss Ouédraogo,une jeune entrepreneure, elle vous a citée comme une personne qui l’inspire. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Ça me fait plaisir. Beaucoup de jeunes filles m’écrivent pour me dire que je les inspire. Lorsqu’elles veulent abandonner, mon parcours et mon profil les motivent davantage. Ce sont des milliers de femmes qui me suivent. Donc, je ne dois pas baisser les bras.
Avez-vous un message pour elle ?
Je suis fondatrice du réseau des filles leaders du Burkina Faso. Elle est dans ce groupe et quand elle a ses activités, elle m’en parle. Elle est à Bobo et moi je suis ici. Mais, nous échangeons beaucoup. C’est une jeune fille que j’admire. Elle se bat vraiment bien. Je lui dis tout simplement d’avoir confiance en elle, de persévérer et un jour des milliers de jeunes vont s’inspirer de son beau parcours.
Abdoulaye Ouédraogo