Il y a quelques semaines, le quotidien d’État Sidwaya, dans sa rubrique image de la cité, montrait la photo d’une femme à moto transportant ses quatre enfants pour l’école . Cette image, visait certes à montrer le risque énorme que prennent certaines personnes sur nos routes, notamment les femmes, mais  cache une réalité: la démission des hommes burkinabè dans l’éducation des enfants et dans les tâches domestiques.

Il suffit  d’observer les rues de Ouagadougou pour constater que le transport des enfants à l’école est une tâche principalement réservée aux femme, en dehors de quelques hommes qui font l’exception. A moto, en voiture,à vélo et même à pieds, quel que soit leur domaine d’activités, elles conduisent les enfants à l’école le matin après avoir assuré leur toilette et leur petit déjeuné. Le soir encore  lorsqu’elles les ramènent , elles  doivent les aider pour leur  devoir du lendemain en même temps qu’elles gèrent le repas du soir. C’est encore plus de soucis quand il s’agit de deux, trois ou quatre enfants . Et l’époux qui passe presque toute la journée dehors! Le soir, s’il n’est pas devant sa télé, traine dehors avec ses amis, le plus souvent , dans les débits de boissons.

 

Du coup, l’éducation  des enfants , la gestion des tâches domestiques sont uniquement l’affaire des femmes qui se retrouvent ainsi toujours débordées, sans aucun moment de répit pour elles. Il n’est pas rare souvent d’entendre ces genres de propos:« les femmes là on se sait même pas ce qu’elles veulent. Elles se plaignent d’être toujours au second plan. Quand tu leur propose des postes de responsabilité, elle refusent ». Mais comment peuvent-elle accepter des responsabilités  avec toutes ces charges qui pèsent sur leurs épaules. Tant que les hommes ne s’impliqueront pas davantage dans la gestion de la maison et surtout dans l’éducation des enfants, les femmes seront toujours absentes en politique, les femmes ministres,directrices générales se compteront du bout des doigts.

La responsabilité des femmes engagée

 Toutefois, il faut reconnaitre que de façon inconscientes , ce sont les femmes qui contribuent à perpétrer cette situation. En tant principale éducatrice, nous contribuons nous même à fabriquer des hommes qui ne servent qu’à nous faire des gosses.

En effet, dans la plupart des familles, c’est uniquement aux jeunes filles que les tâches ménagères incombent. Ce sont elles qui font la vaisselle, la lessive, la cuisine, le nettoyage, etc. Pendant ce moment, le petit garçon est laissé à lui-même, il se permet de dormir et se réveiller à l’heure voulue, il n’a aucune contrainte d’entrée et de sortie, il peut vaquer librement à ses loisirs. Il est habitué à salir ses habits et ne se soucie guère de les laver parce que sa sœur est là pour ça et le fera de gré ou de force. Dès lors, le garçon et la fille vont alors évoluer  avec ces idées préconçues jusqu’à l’âge adulte, et où chacun va fonder une famille et reproduire l’éducation reçue dans le ménage.

 

Pour inverser la tendance, la responsabilité des mères est engagée. Nous devons revoir notre manière d’éduquer les garçons.  Déjà petits, nous ne devons pas faire de distinction entre les sexes en ce qui concerne les tâches ménagères. Il faut amener le petit garçon à s’intéresser aussi aux tâches domestiques comme, par exemple, faire la vaisselle, la lessive, s’occuper de sa petite sœur, etc. C’est ainsi que, progressivement , il va comprendre qu’il n’y a pas de tâche qui soit réservée spécifiquement aux filles et à laquelle lui, en tant que garçon, ne doit s’y intéresser.
Il est donc préparé à épauler sa future femme une fois marié et plus apte à accepter la répartition des tâches domestiques et à mieux s’impliquer dans l’éducation des enfants. C’est ainsi, petit à petit que  nous pourrons sauver quelque part nos petites filles qui sont appelées à être des mères demain et contribuer à leur donner une vie de couple plus agréable que la nôtre, plus juste, plus sereine, et plus humaine.

Assétou Maïga

assetou.maiga@queenmafa.net