Victime d’un cancer du poumon qui s’était métastasé et généralisé, Johnny Hallyday l’ex-idole des jeunes et gloire nationale vient de mourir à 74 ans, à Marnes la Coquette, a annoncé son épouse Laeticia Hallyday. Ses milliers de fans et, par-delà, la France entière sont en deuil.

Des personnalités capables d’incarner un inconscient collectif, il n’y en a pas tant que ça. Jean Gabin et Simone Signoret parmi les grands anciens. Coluche, prématurément. Bardot, Deneuve, Belmondo ou Delon, chez les héritiers. Depardieu et Adjani, plus récemment. Mais au-delà ? Il y a Johnny Hallyday. Celui qui avait un imposé un rock national dès ses débuts, en 1960, et des tubes à la pelle depuis plus de 50 ans, cette machine increvable, Mad Max survivant à tous les coups du sort, est mort, finalement vaincu par son cancer du poumon diagnostiqué fin 2016, et qui s’était généralisé au foie et au pancréas pour ne plus lui laisser d’échappatoire. Jean-Philippe Smet avait 74 ans, il est mort dans la nuit du mardi 5 au mercredi 6 décembre. « Johnny Hallyday est parti. J’écris ces mots sans y croire. Et pourtant c’est bien cela. Mon homme n’est plus », a écrit son épouse dans un communiqué transmis à l’Agence France Presse.

Né à Paris le 15 juin 1943, le fils d’Huguette Clerc, mannequin-cabine et de Léon Smet, artiste belge, grandit sans la présence de son père qui a abandonné les siens et d’une mère contrainte de travailler. Ce manque laisse une blessure profonde mais n’empêche pas le garçon de développer une sensibilité artistique auprès de sa tante paternelle, Hélène Mar, figure maternelle aimante et nécessaire. L’une de ses filles, Desta, épouse un danseur américain, Lee Halliday, qui devient pour Jean-Philippe un père de substitution et le surnomme Johnny. Le gamin suit Lee, Desta et sa sœur Menen dans leurs tournées de danse acrobatique. Très jeune inscrit aux cours d’art dramatique de la rue Blanche, il fait quelques figurations, dont l’une dans le classique de Clouzot, les Diaboliques. On lui fait également apprendre le violon avant qu’il impose son souhait de se mettre à la guitare. La révolution Presley n’est pas loin. Le rêve est américain.

Les batailles de Johnny

Installé, dans les années 1957-1958, au cœur du quartier parisien de la Trinité, Jean-Philippe, dit Johnny, s’y fait des copains ayant pour noms Claude Moine, futur Eddy Mitchell et Jacques Dutronc. Lee Halliday lui fournit alors une denrée rare ; des disques provenant directement des États-Unis. Chuck Berry y côtoie Elvis Presley, Fats Domino, Jerry Lee Lewis. A 15 ans, l’ado, qui fréquente le Golf-Drouot, fait aussi ses premières scènes. Mais, alors qu’il reprend des titres d’Elvis, il est systématiquement sifflé ! Ses premiers succès ont lieu face à des GI’s, impressionnés par le culot de ce gosse plein de vitalité. Tout s’accélère fin 1959. A la suite d’une prestation radio, il est présenté à l’influent impresario Jacques Wolfsohn, qui le fait signer chez Vogue, le 16 janvier 1960. Les débuts sont difficiles. Les goûts d’un public plutôt âgé ne s’accordent pas à la version française et sonore d’un rock’n’roll adopté par une jeunesse préférant, par ailleurs, l’original à la copie. Le voyant sur scène, Henri Salvador raille ouvertement le jeune homme. Johnny ne le lui pardonnera jamais. Mais après une apparition en avril à la télé où, avec Line Renaud pour marraine, il se présente comme étant d’origine américaine, Hallyday devient peu à peu une figure connue du grand public. Les ventes de Laisse les filles s’en trouvent dopées. Et son disque suivant, Souvenirs, souvenirs, est un vrai succès. La tornade Hallyday tourne à la ferveur populaire -et à l’émeute- avec le concert du Palais des Sports, le 24 février 1961. Alors qu’il quitte Vogue et signe chez Philips, sa carrière est lancée.

Des tubes, entre rocks et ballades

Retiens la nuit, écrit par Charles Aznavour, démontre qu’il est aussi à l’aise dans la chanson sentimentale et lui vaut la reconnaissance critique. Le concert place de la Nation, le 22 juin 1963, en fait le chef de file d’une génération. Dès lors, à l’exception d’une mini-traversée du désert entre 1968 et 1970, Johnny Hallyday ne cessera d’enchaîner les succès. Sa force ? Les meilleurs auteurs-compositeurs viennent à lui. Johnny est un interprète, un showman hors-pair. Sa création, c’est son personnage sur scène, et cette voix d’une puissance redoutable capable de tout transcender. Ainsi enchaîne-t-il, dans les années 1960, Elle est terrible, l’Idole des jeunes, Noir c’est noir, avec la même force de conviction. L’arrivée, en 1972, de l’auteur-compositeur Michel Mallory donne leurs couleurs à la décennie. La musique que j’aime, Requiem pour un fou, Gabrielle, J’ai oublié de vivre, Ma gueule, marquent les esprits. Nouveau passage à vide, au début des années 1980, avant un renouveau en 1985, grâce à l’album de Michel Berger, Rock’n’Roll Attitude, et au méga-tube, Quelque chose de Tennessee. Berger restera, peut-être, l’auteur préféré de Johnny. L’année suivante, c’est Jean-Jacques Goldman qui lui confectionne Gang, un album aux petits oignons, avec les inoubliables J’oublierai ton nom, Je te promets et Laura. Les années 1990 seront celles des concerts dans des stades géants, et s’achèveront avec l’album le plus vendu de sa carrière, œuvre de son fils David Hallyday : Sang pour sang, écoulé à 2 millions d’exemplaires. Depuis l’an 2000, une nouvelle génération, de Matthieu Chédid à Yarol Poupaud, en passant par Calogero, écrivait et composait à l’attention de Johnny Hallyday, lui permettant de vendre en moyenne 500 000 exemplaires à chaque album. L’artiste, à côté d’une sympathique carrière au cinéma, où il fut dirigé par Claude Lelouch, Jean-Luc Godard et Costa-Gavras, ne cessait d’enchaîner les tournées. Johnny ne se ménageait jamais.

Vie privée et santé surexposées

Il y avait une logique à cela. Plébiscité par le grand public, Hallyday devait tout lui livrer. Ses tripes comme son âme. Et ses coups de cœur. Le 12 avril 1965, il épousait à Loconville, une autre idole yé-yé : Sylvie Vartan. Un an après, naissait leur fils, David Hallyday. Mais cet amour de jeunesse devait se heurter

aux absences professionnelles, dépendance à l’alcool et infidélités de Johnny. Après moult séparations et réconciliations, le couple divorce le 5 novembre 1980. Son union avec Elisabeth Etienne, dite Babeth, dure de 1981 à 1982. Cette même année, Hallyday s’éprend de Nathalie Baye. Leur histoire dure plus de trois années, entrecoupées par la naissance, en 1984, d’une petite Laura. En 1990, à Ramatuelle, le chanteur épousait Adeline Blondieau, fille de son vieux copain Long Chris. Divorcés une première fois, en 1992, ils se remarient deux ans plus tard… pour divorcer l’année suivante ! C’est en 1995, à Miami, que l’idole rencontre Laeticia Boudou, un mannequin qui devient, l’année suivante la « femme de sa vie ». Elle sera celle de sa mort. Ensemble, ils adopteront deux petites filles d’origine vietnamienne, Jade et Joy. Ensemble, ils traverseront les épreuves de santé du comédien. A son cancer du côlon, en 2009, succède un accident post-opératoire qui le conduit dans le coma, en décembre de la même année, à Los Angeles. Les années suivantes ne sont pas de tout repos. En 2012, une mauvaise bronchite avait conduite à son hospitalisation. Et les rumeurs n’avaient pas cessé de courir sur son état de santé. Jusqu’à la révélation de son cancer du poumon, le 8 mars dernier, d’abord minimisé par l’artiste et son entourage. « Je vais très bien, merci », avait même affirmé un Johnny plus combattif que jamais. Qui devait sortit un nouvel album. Et enchaîner les concerts cet été, avec ses complices des vieilles canailles, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc. La maladie ne le lui aura pas permis. Entré dans la légende de son vivant, ce fan de James Dean et de Marlon Brando les a aujourd’hui rejoint au firmament.