Nous assistons de plus en plus à la naissance inexpliquée de bébés prématurés au Burkina. Un état qui réduit la chance de survie de ces nourrissons et fait de la peine pour les parents. Quelle est l’ampleur de la situation au Burkina ? Quelles sont les chances de survie pour l’enfant ? Explications avec Dr Angèle Zongo/Ilboudo, médecin pédiatre, chef de service de néonatologie au CHU Yalgado Ouédraogo.

 

Queen Mafa : Qu’est-ce qu’un bébé prématuré ?

Dr Angèle Zongo/Ilboudo : un prématuré est un bébé né avant 8 mois de grossesse. Il faudra faire la différence entre le prématuré et l’hypotrophe. L’hypotrophe c’est le bébé petit par rapport à son âge gestationnel(PAG). On peut ainsi avoir un bébé prématuré hypotrophe comme un bébé né à terme hypotrophe. Nous préférons donc le terme enfant «petit » ou de faible poids de naissance(FPN) parce que la plus part des femmes ne connaissent pas toujours la date de leurs dernières règles.

Du 1er janvier au 30 juin 2017, le service de néonatologie a enregistré 200 nouveaux nés dont 80 (soit 40%) de faible poids de naissance. Quels sont les différents degrés de prématurité ?

Nous pouvons classer la prématurité de la façon suivante : la prématurité simple, la grande prématurité, la très grande prématurité et le prématurissime. On parle de prématurité simple si l’enfant est né entre 33 et 36 SA. La Grande prématurité c’est lorsque l’enfant est né entre 28 et 32 SA et la très grande prématurité lorsque celui-ci est né entre 26 et 28 SA. On parle de prématurissime si l’enfant est né avant 26 SA (grossesse).

Quelle est l’ampleur de la situation à votre niveau ?

Du 1er janvier au 30 juin 2017, le service de néonatologie a enregistré 200 nouveaux nés dont 80 (soit 40%) de faible poids de naissance.

40% de prématurés (faibles poids) n’est-ce pas inquiétant ?

C’est bien sûr très inquiétant. La mortalité est plus élevée chez les bébés prématurés que les nouveaux nés à terme

 

Comment peut-on expliquer cette augmentation des bébés prématurés ?

Les causes de la prématurité sont entre autres, les grossesses multiples (jumeaux), le stress, le niveau socioéconomique bas, les maladies associées à la grossesse (l’hypertension, le paludisme, le diabète, la drépanocytose).

 Un bébé de faible poids court plus de risque de mourir qu’un bébé né à terme à cause des complications qui sont liées à son état

Quelles sont les risques encourus par un bébé prématuré, les chances de survie pour un tel bébé ?

 

Les complications sont liées à l’immaturité des organes. A court terme, l’enfant prématuré peut mourir ou avoir une hypoglycémie, une hypocalcémie, une hypothermique, une hyperthermie, des infections, des difficultés respiratoires, la mauvaise prise de poids, le jaunisse, l’hémorragie. A long terme, il peut avoir un handicap moteur, une cécité, une déficience intellectuelle…

Un bébé de faible poids court plus de risque de mourir qu’un bébé né à terme à cause des complications qui sont liées à son état.

Comment se fait la prise en charge des bébés prématurés ?

Elle se base sur les quatre besoins fondamentaux de tout bébé à la naissance :

Le besoin de respirer (réanimation en salle de naissance s’il y a une difficulté respiratoire) ;

Le besoin d’être au chaud : séchage rapide à la naissance, contact peau à peau (kangourou), bonnets, chaussettes, couverture, bain différé ;

Le besoin de s’alimenter : mise au sein précoce (30mns à 1h après naissance), lait maternel extrait et donné à la tasse ou à la cuillère si le bébé trop petit ;

Le besoin d’être protéger contre les infections (règles d’hygiène à observer).

 

Que faire lorsqu’on a un bébé prématuré ?

La maman doit savoir comment garder son bébé au chaud, comment nourrir son bébé (mises au sein fréquents au moins 12 tétées par 24heures, de jour comme de nuit, exprimer le lait et donner à la tasse si enfant petit. Ne pas purger, ne pas gaver (tisane), ne pas donner de l’eau. Elle doit savoir observer les règles d’hygiène corporelle, vestimentaire et du cadre de vie. Il est aussi important d’apprendre à la mère à reconnaître les signes de danger (difficultés respiratoire, hypothermie, hyperthermie, difficultés de s’alimenter, jaunisse, bouton contenant du pus, sur le corps, ombilic rouge ou contenant du pus) ; devant ces signes, elle doit se rendre rapidement au centre de santé.

Comment prévenir la prématurité ?

 

Certaines causes peuvent être prévenues : lutte contre le paludisme (moustiquaire imprégnée, antipaludiques) traitement des infections urogénitales, suivi régulier de certaines maladies (hypertension artérielle, diabète, drépanocytose). Notons que certaines prématurités sont inexpliquées.

                                                                                              Assétou Maiga