En Tchétchénie, on veut renvoyer les femmes divorcées à leurs maris

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C’est la dernière absurdité imposée par la Tchétchénie : renvoyer les femmes divorcées (ou séparées) à leurs maris, afin de préserver les familles, pensant qu’une séparation peut être source de radicalisation chez un enfant…

 Le dirigeant de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, affirme que les enfants d’un couple séparé ont plus de chance de se radicaliser, demandant aux autorités d’obliger les femmes à revenir au foyer après un divorce ou une séparation. Il est même allé jusqu’à déclarer que « sur cent famille divorcées, cinq ou six sont normales ».

« Il faut renvoyer à leurs maris les femmes qui les ont quittés et les réconcilier »

Une mesure prioritaire, selon Ramzan Kadyrov, mise en place il y a un mois. D’après ses dires, si une famille séparée se retrouve sous le même toit, ils seront forcés de reprendre leur vie de famille où ils l’ont arrêtée afin d’assurer le bien être de l’enfant et d’éviter toute radicalisation de ce dernier. Le tout surveillé par un comité nommé « Conseil pour l’harmonisation du mariage et des relations familiales » missionné exclusivement pour s’assurer que la nouvelle mesure est appliquée.

Une propagande bien menée

Pour ce faire, The Independant rapporte que toute séparation ou divorce est signalé au comité avec la mise en place d’une ligne secrète de délation. Les personnes séparées sont ensuite convoquées pour expliquer les raisons de leur décision, qui n’est jamais valable selon le service, et ce dernier les force à se réconcilier. Fier de son initiative, Ramzan Kadyrov a annoncé qu’en un mois, 948 couples se sont déjà reformés.

Pour convaincre les couples qu’ils doivent rester ensemble, l’État influence les médias, qui finissent par diffuser des reportages sur ces familles reconstruites qui témoignent de leur « joie de vivre » et de l’erreur d’avoir voulu se séparer. Les voix off annoncent : « Dorénavant, ils regardent leurs séries préférées ensemble, ils dînent autour de la même table. Le nombre de couples reformés augmente chaque jour ! » et poursuivent : « Cette réunion heureuse est devenue possible en raison du programme du leader de la région. »

Aucune preuve que la séparation engendre la radicalisation

Jusqu’ici, il n’y a aucune preuve que la radicalisation d’un enfant soit liée à son éducation dans une famille monoparentale. Mais Ramzan Kadyrov soutient que les enfants élevés par des parents séparés, et surtout par des mères, sont plus susceptibles de se diriger vers l’extrémisme islamiste. Dans cette ère où l’islam radical et le terrorisme tentent de s’imposer, la Russie n’est pas épargnée, mais ne semble pas prendre les bonnes mesures pour contrer le phénomène.

Il n’y a rien à faire quand on te met la pression de tous les côtés

Seulement, le peuple Tchétchène est piégé et se voit dans l’obligation de faire ce que demande le dirigeant. Le New York Times a rapporté des témoignages de femmes concernées : « Si tu refuses, tu vas à l’encontre des institutions et des traditions religieuses, mais aussi de ce que souhaite Ramzan Kadyrov. » Une autre femme s’est confiée à la BBC : « Il n’y a rien à faire quand on te met la pression de tous les côtés. » Des anciens divorcés ont également déclaré que les personnes séparées pouvaient envisager un beau futur et ne doivent pas être forcées de renouer avec le passé, encore moins lorsqu’il s’agit d’une séparation d’une dizaine d’années : « Pourquoi s’accrocher au passé si l’on a des possibilités avec le futur ? »

Une politique sociale grave

Ce programme, comme l’ensemble de la politique sociale de la Tchétchénie, est irrespectueux, grave, et même bien plus que cela, causant des conséquences irréversibles. Parmi ces couples séparés, certaines femmes ont sûrement subi des violences conjugales, d’autres des violences morales, et ces dernières sont forcées de revivre avec leur bourreau.

Source: Marie claire

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