Elle n’est pas passée inaperçue pendant la campagne législative de 2015. Tant elle brillait de mille feux parmi les hommes pour ne pas dire qu’elle s’imposait. Suppléante de Clément P. Sawadogo, devenu ministre, Marie Laurence Ilboudo/ Marchal a rejoint l’hémicycle sous un tonnerre d’applaudissement.

Elle n’est pas passée inaperçue pendant la campagne législative de 2015. Tant elle brillait de mille feux parmi les hommes pour ne pas dire qu’elle s’imposait. Suppléante de Clément P. Sawadogo, devenu ministre, Marie Laurence Ilboudo/ Marchal a rejoint l’hémicycle sous un tonnerre d’applaudissement. Ce n’était que justice et vous comprendrez pourquoi, chère lecteurs et lectrices, en lisant ces lignes. C’est une femme pleine de vitalité et surtout d’humanisme que la rédaction de Queen Mafa a rencontré pour vous. Jugez-en vous-même !

Queen Mafa (QM) : Si l’on doit vous présenter à nos lecteurs, quelle image souhaitée qu’on retienne de vous ?
Marie Laurence Marchal Ilboudo (L .M.I) : celle d’une femme engagée.
QM : c’est tout ?
L .M.I : Vous savez, il est très difficile de se qualifier soi-même. En fait je suis sociologue de formation. Mais j’ai toujours travaillé dans le commercial, tout ce qui est marketing, médiation en affaires. Donc je suis une femme d’affaire reconvertie en politique.
QM : A quand remonte votre engagement en politique ? Et pourquoi ?
Je suis toute nouvelle en politique. Mon engagement politique date de la création de mon parti, le MPP. Je me suis rendu compte que le meilleur conseil c’est l’exemple. Si nous voulons des femmes engagées et capable de relever les défis, il faut soi-même mettre la main dans la patte. C’est pour cela que je me suis engagée depuis l’avènement du MPP ou j’occupe le poste de Secrétaire nationale chargée à l’organisation des femmes.

QM : On peut dire que vous avez la chance, vous êtes allées directement au sommet…
L.M.I) : Je pense que ce n’est pas une chance. C’est un combat. C’était un moment difficile où donner son point de vue n’était pas aisé. A l’époque, on était contre modification de l’article 37, la mise en place du sénat, et la patrimonialisation du pouvoir. A l’époque, ce n’était pas chose aisée, je ne dirais pas que c’est une chance. Mais plutôt le fruit d’une lutte que nous pensions être juste.
QM : Depuis que vous êtes dans la politique, est-ce que vous avez rencontré des difficultés liées à votre statut de femme?
L.M.I : Ce sont des difficultés que toutes les femmes rencontrent. D’abord, le statut de femme mère qui a des enfants à la maison dont il faut s’occuper alors que la politique demande beaucoup de temps. En plus, les femmes sont financièrement les moins nanties en politique et pourtant la politique demande beaucoup de moyens financiers. Nous les femmes sommes sous la tutelle d’un homme quand on est marié. Il y a une pression sur le conjoint qui demande parfois de choisir de entre la politique et le foyer. Pourtant aucune femme ne va demander à son mari de faire le choix entre le foyer et la politique. Donc cela fait beaucoup de pressions. Ce sont des facteurs qui font qu’il est difficile aux femmes de rester dans la politique. Mais aujourd’hui, il y a beaucoup qui s’engagent malgré toutes ces difficultés.

QM: Avez-vous été victime d’une discrimination quelconque liée à votre statut de femme ?
L.M.I On en trouve toujours. Une fois, on discutait en réunion, de compétence et de la place des femmes dans la société. Il y a un homme qui dit qu’on a besoin de femmes compétentes. C’est vrai, on a besoin de femmes compétentes. Mais pourquoi remplacer des hommes incompétents par les femmes compétentes ? On peut aussi faire avec des femmes incompétentes. Ce n’est pas toujours les hommes compétents qui sont à la place qu’il faut.

QM : Voulez-vous dire que la société est plus exigent envers les femmes ?
Eh oui c’est malheureusement le cas. Je pense que les femmes, lorsqu’elles arrivent à un certain niveau sont compétentes, sinon ce n’est pas possible surtout avec tous ces freins, c’est déjà pas faciles. Ce sont des critères un peu péjoratifs sans fondement.

QM : Le premier ministre Paul Kaba Thiéba, avait déclaré qu’il avait eu beaucoup de mal à trouver des femmes pour former son gouvernement. Qu’en pensez-vous ?
L .M.I : Je pense qu’il regrette ce qu’il a dit.

QM : Qu’est-ce qui vous le fait dire?
L M I : Il n’est pas resté longtemps au Burkina Faso. Peut-être qu’il a raté un wagon entre temps parce qu’il y a beaucoup de femmes compétentes qui ne demandent qu’à être responsabilisées. Il a dû s’en rendre compte à présent. Donc je pense qu’il  regrette ces propos.

QM : Récemment vous avez été initiatrice d’un réseau parlementaire dénommé Femme et Développement. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
LMI : J’évolue dans le milieu des femmes dans mon parti. Nous savons qu’il y a beaucoup à faire pour les femmes. Il y a des femmes qui ne demandent pas grand-chose. Elles ont juste besoin d’aller à l’école, d’être soignée, d’être éduquée pour maitriser notre démographie, avoir accès aux terres pour pouvoir cultiver et nourrir leurs familles et avoir accès aux activités génératrices de revenus (AGR) pour pouvoir s’occuper de leurs maisons. Mais, nous oublions tout cela. Moi, en tant que parlementaire associée à certaines femmes parlementaires et aussi des hommes, luttons pour la cause des femmes. Je suis contente qu’autour de cette idée, nous puissions avoir des députés qui sachent qu’on ne peut pas parler de développement durable sans l’implication effective des femmes dans le développement de notre pays.

QM : Concrètement qu’est-ce que vous allez faire au sein ce réseau ?
LMI : Nous allons faire beaucoup de plaidoyers au niveau des décideurs, de l’exécutif pour suivre les recommandations et les engagements de contrat qui nous lie avec le peuple. Parce qu’aujourd’hui notre président, Rock Kaboré a été élu sur la base d’un programme qui a promis beaucoup de chose aux femmes. Ce réseau permettra le suivi de ces engagements et leur appui au niveau  national, sous régional et international.

QM : Comptez-vous étendre ce réseau à la sous-région ?
LMI : Aujourd’hui, le réseau est national, mais nous comptons travailler avec la sous-région et le monde. Aucun développement ne se fait en autarcie. Nous avons besoin des autres pour nous développer. C’est un réseau qui va travailler avec les partenaires techniques et financiers pour les plaidoyers, pour aider à avoir des financements et aider l’Exécutif pour exécuter son programme en faveur des femmes.

QM : En août 2015 vous aviez fait un recours en annulation contre le non-respect du quota genre par certaines listes des partis politiques dans le cadre des élections législatives. Le conseil constitutionnel a jugé votre requête recevable mais s’est dit incompétent. Comment avez-vous accueilli cela ?
LMI : En réalité, nous savions que nous n’allions pas avoir gain de cause, parce que c’est plus délicat que ça. Mais le plus important était de toucher du doigt la plaie. Je suis sûre qu’aux prochaines élections, tous les partis politiques vont respecter le quota genre qui est de présenter au moins 30 pourcent sur toutes les listes. On va se battre pour cela.

QM : Concernant votre positionnement sur la liste du MPP Kadiogo, comment cela s’est passé ?
LMI : Pour avoir de la place dans un parti politique, il faut avoir un bon appui politique, une base politique. En ce qui me concerne,  il fallait être convaincante  et avoir un appui financier pour la campagne.

QM: On a remarqué que cette fois-ci, il y a beaucoup d’hommes et de femmes d’affaires députés comme vous à l’Assemblée. Comment expliquez-vous cet intérêt particulier du milieu des affaires pour la politique ?
LM I: Beaucoup sont venus comme moi, parce qu’ils ont été révoltés par la gestion du pays. Nous avons subi des choses, et nous ne voulons plus que d’autres subissent la même chose. C’est bien aussi que le milieu des affaires s’implique dans la politique pour que nous puissions contribuer à faire évoluer le milieu des affaires au Burkina. Je pense que c’est bien en tant que femme d’affaires d’apporter mon expérience afin qu’on puisse redynamiser notre économie par un plaidoyer en faveur du secteur privé. Je suis du secteur, je connais leurs problèmes, je peux aider pour faciliter certaines choses
QM : Est vous sûr que ce n’est pas une façon pour le milieu des affaires de se faciliter l’accès à certains marchés ?
LMI : Je ne crois pas. Pas dans mon cas en tout cas car je dirai que c’est plutôt le contraire. Je ne peux plus faire les affaires. Nous sommes là pour travailler afin d’améliorer les conditions de vie de la population et c’est tout.

QM : y a-t-il un projet de loi qui vous tient à cœur et que vous aimeriez faire passer l’hémicycle notamment en faveur des femmes comme les violences faites aux femmes?
J’ai des projets mais pas dans ce que vous imaginez. En temps opportun, vous le saurez. Les textes dont vous parlez sont déjà bien faits, il suffit de les appliquer et de sensibiliser les populations.
A l’occasion du 8-mars, quel message avez-vous à l’endroit des femmes du Burkina, de l’Afrique et du monde ?
Je voudrais dire aux femmes de continuer le combat. Il y a des moments où on a l’impression que nos combats ne rapportent pas parce qu’on ne voit pas tout suite les résultats. C’est comme quand on sème. Il faut attendre un long temps pour récolter. Il faut que les femmes sèment encore, continuent à travailler, à s’engager, à s’exprimer, c’est seulement par cela que nous pourrons atteindre notre plein épanouissement. Nous ne devons pas rester dans une dynamique de fatalité. C’est ensemble que nous allons bâtir cette maison que toutes les femmes attendent, celle où les femmes seront épanouies. Cette journée a été créée pour une réflexion sur les conditions de la femme. Aujourd’hui, je voudrais que chaque femme puisse se poser cette question : qu’est-ce que j’ai pu faire personnellement et collectivement pour les femmes, leur promotion et leur implication pour le développement ?

Propos recueillis par Fatouma Ouattara et Diakalia Siribié