Travailleuse infatigable au parcours exceptionnel et unique dans le gouvernement Thiéba, la ministre burkinabè en charge des Finances, Rosine Sori/Coulibaly a cette particularité de ne pas savoir mâcher ses mots au point de mettre souvent mal à l’aise ses interlocuteurs. Mais apparemment c’est pour la bonne cause. Elle est déterminée à faire des reformes pour une meilleure transparence non seulement dans son département mais aussi dans l’ensemble du secteur des finances au Burkina Faso.  Dans une interview accordée au Journal l’évènement dont nous vous proposons quelques extraits, vous découvrirez une femme de caractère redoutée qui entend donner aux femmes de son département toute la place qu’elles méritent.

Le département des finances a été longtemps dirigé par des hommes depuis 56 ans. Vous êtes la 2e femme a occupé ce poste. Quel sentiment par rapport cela vous inspire ?

C’est un sentiment de légitime fierté, en ce sens que ce n’est pas une chose très connue de voir des femmes à ces postes de responsabilité. Mais légitime fierté, pas pour ma personne elle-même, de reconnaitre effectivement que des femmes ont des capacités à faire la même chose et peut être mieux que les hommes. Je crois que c’est cela qui est le plus important. Je suis d’autant plus fière que je considère que pour ce qui concerne ce département ministériel, c’est la démystification. Lorsque vous voyez l’organisation de ce ministère, et que vous dites que ce sont des femmes qui ont à ce poste ! Ce ministère est d’abord celui des finances. Le ministère du plan était séparé des finances. Mais là, vous avez en même temps, les finances, l’économie et le développement. Je crois que c’est une première en réalité. Je sens aussi le soutien de ces femmes qui ont occupé ces responsabilités et qui sont fières. Elles m’encouragent et plus d’une m’ont manifesté leur soutien. Je trouve aussi que dans une période comme celle de la post-insurrection, c’est aussi un message. Dans le gouvernement, des femmes ont été positionnées à des postes importants comme c’est mon cas. Vous avez aussi des jeunes qu’on a associés au gouvernement. Je crois que c’est un message politique que le président a voulu donner pour montrer qu’il n’est pas normal que plus de 51% de la population soit mis de côté. Il est aussi important de montrer que des jeunes peuvent être associés.
Je vois la responsabilité que cela représente pour moi. Je dois prouver que le chef de l’État ne s’est pas trompé. En toute humilité, je pense avoir les acquis pour diriger ce ministère, mais je peux m’entourer aussi. C’est cela le plus important. Un ministre est en fait un chef d’équipe. Le chef d’équipe doit s’entourer des compétences qu’il faut et ce pays regorge vraiment de cadres qui peuvent effectivement m’accompagner pour accomplir ces tâches

Trois femmes aux commandes d’un grand département ministériel comme le vôtre, vous y voyez quel signal ?
Je crois qu’on pense que les femmes sont de meilleurs gestionnaires. Lorsqu’à la maison vous avez votre salaire que vous donnez très peu, la femme avec le peu qu’elle reçoit se débrouille pour nourrir la famille. C’est ça la question très importante. Transposez la vie familiale, à la vie au sein de la communauté et même au niveau national ! Toute la gestion de la vie de la famille est sur les épaules de la maman. Et une maman ne va pas manger sans donner à son enfant. Ce n’est que justice qui est rendu pour reconnaitre que les gestionnaires sont à leur place.

Il semble que vous avez dit à certains de vos collaborateurs qui occupent des postes de responsabilité, que ce sont des postes vacants et que 40% des nominations seront consacrées aux femmes.
Affirmatif ! Je l’ai dit. Ce matin j’étais à la Direction générale de l’économie et la planification, les Directeurs sont descendus pour me saluer. A la fin j’ai dit au Directeur général, j’aimerais que dans les propositions de nomination, qu’on ait au moins 40% de femmes. Je lui ai dit aussi que ceux qui sont à l’intérieur du pays ne sont pas maudits. J’aimerais que ceux de l’intérieur du pays reviennent au centre et que tous ceux-là, une partie au moins rejoigne l’intérieur. J’aimerais qu’on encourage les staffs méritants. Je l’ai dit en CPC, je l’ai dit en CASEM, je l’ai dit à toutes les réunions et ça sera le cas. Mon Directeur de cabinet est une femme, j’ai déjà nommée une Conseillère technique femme. Et ça va continuer comme ça.

Il ressort que de par le passé la gestion des cadres du ministère se faisait par copinage. Est-ce-que vous avez une approche particulière pour la gestion des cadres de votre Ministère ?

Quand je suis venue, j’ai dit au Directeur général des ressources humaines, donnez-moi tous les CV des cadres de catégorie A1 de plus de cinq ans d’expérience professionnelle, de plus de 10 ans d’expérience professionnelle. Je lui ai dit d’extraire avec le même critère, les CV des femmes du ministère. Il m’a sorti cela et j’ai lu des CV des femmes que j’étais en train d’identifier et que je vais nommer bientôt. Celle que j’ai nommée Directeur de cabinet, je ne la connaissais ni d’Adam ni d’Eve. J’ai dit que je veux un Directeur de cabinet, qu’il soit juriste ou administrateur civil, parce que j’avais un DCAB du Trésor. Je me suis dit mais comment, tous mes conseillers sont du Trésor. Un DCAB c’est autre chose, c’est un Administrateur civil, un juriste ou autre chose. On m’a dit qu’il y a une dame qui a été DCAB à la présidence sous la transition, si je ne me trompe. J’ai dit de chercher son CV. C’est comme ça que je l’ai identifiée et nommée. C’est pour cela que j’ai dit que les postes sont vacants. En disant cela, il y a des gens qui ont commencé à ne pas travailler, je les ai enlevés en même temps et y’en a qui sont en train de donner le meilleur d’eux-mêmes. Ceux-là, je peux les garder.

Toujours dans le social, dans votre Ministère il y a une chose qui fait couler beaucoup d’encre et de salives. Il s’agit du Fonds commun, où en est-on ?

J’ai découvert qu’il y avait un Fonds commun (FC) dans mon ministère, et dans certains ministères aussi. La philosophie du FC c’était d’encourager les cadres performants surtout au niveau des Douanes et des Impôts. Lorsqu’il y a des gens qui veulent faire de la fraude et qu’on arrive à les prendre, lorsqu’on récupère des sommes, ces sommes étaient utilisées pour encourager ces personnes. Ce qui est normal je crois. Je suis allé en mission récemment à Sinkanssé et Bitou dans le Centre-est pour encourager le personnel qui avait permis de saisir l’or. Au cours de cette mission je leur ai dit que c’est normal qu’on puisse reconnaitre le travail qui est fait. Ça peut être un facteur d’émulation du personnel. Cela dit, nous sommes arrivé à une situation où ce fonds n’est pas durable. La durabilité est en cause pourquoi ? Ce qu’ils arrivent à réaliser comme recettes en matière de saisies frauduleuses n’arrive plus à couvrir ce qu’ils avaient reçu par le passé. Par exemple quelqu’un qui recouvre deux milliards alors que par le passé ils ont touché quelque chose comme 11 milliards. Cela veut dire que les 9 milliards restants, on doit aller les prendre dans la Caisse pour compléter. Je vous pose la question est-ce que c’est juste ? Autant c’est juste qu’il faille encourager les cadres pour traquer les fraudeurs, autant c’est encore plus juste d’utiliser les fonds qu’on aurait récupéré de cela et pas d’autres fonds pris chez des contribuables honnêtes. Malheureusement, cela a été perçu comme des acquis du passé et chaque année, il faut leur servir cette somme. Je profite de votre journal pour communiquer de façon transparente là-dessus.

Entretien réalisé par Germain B NAMA et Basidou KINDA

Source Journal l’Évènement

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