Motivée et travailleuse, Adèle Nikiéma dirige la société Synovie depuis décembre 2005. Seule femme importatrice et distributrice de matériels médicaux au profit des hôpitaux et des cliniques, elle s’est imposée dans ce domaine qui était jusque-là l’apanage des hommes.

Femme dynamique, ambitieuse avec un véritable esprit d’entreprise, ses activités lui ont permis non seulement d’être en relation avec plusieurs grands laboratoires, mais aussi de parcourir plusieurs pays d’Afrique et d’Europe. Malgré cette évolution, Adèle Nikiéma n’entend pas s’arrêter en si bon chemin.

 

Elle gère son entreprise en relation avec plusieurs correspondants locaux au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal, au Togo, au Gabon, dans les deux Congo et au Burkina Faso. Son activité nécessite des voyages permanents, l’empêchant du coup de s’engager dans la vie associative.

 

Si Adèle Nikiéma est aujourd’hui un modèle de femme entrepreneure, il faut savoir que son parcours a été parsemé d’embûches. En effet, après l’obtention de sa maîtrise en marketing en France, Adèle Nikiéma décide de rester en Europe pour mener diverses activités. Avec l’appel incessant de son père lui demandant de rentrer au pays, elle dépose ses valises au Burkina après plus d’une décennie de vie à l’étranger.

 

Que faire une fois au Burkina Faso ? C’est la question qui lui taraudait l’esprit. Très vite, Adèle décide d’ouvrir, sur les conseils avisés de son père, une société de distribution de matériels médicaux. « En créant ma propre société, je voulais rester dans un domaine que je connaissais. Déléguée médicale, c’est le dernier métier que j’ai exercé en France. Donc j’ai créé une société dénommée ‘‘Synovie’’ pour continuer à travailler dans ce domaine », raconte-elle.

                      

Deux ans après, j’ai failli tout abandonner

 

Après la création de l’entreprise Synovie en fin 2005, la jeune entrepreneure qu’elle était, se trouve déjà confrontée aux difficultés de l’entrepreneuriat. Seule, sans employés, elle reprend le sac et « descend sur le terrain ». Adèle renoue avec son métier d’alors : déléguée médicale. Elle parcourt tous les coins et recoins pour présenter les nouveaux médicaments aux médecins et aux hôpitaux.

 

Nonobstant tous ces efforts, les obstacles persistent. L’entreprise a du mal à prendre son envol. « Les deux premières années, on ne facturait même pas 100 000 F CFA le mois. J’ai failli tout abandonner. N’eut été le soutien de mon père, je ne pensais pas pouvoir tenir le coup », confie la gérante de Synovie.

 

Comme elle le fait savoir, Adèle, pour son ascension, a bénéficié de l’appui de son père qui évolue, lui, dans le BTP. « Je me suis appuyée sur mon père pour arriver où je suis actuellement », avoue-t-elle avant d’expliquer que les difficultés rencontrées aux premières heures étaient dues à des erreurs de débutante.

 

Après la pluie vient le beau. Aujourd’hui, l’entrepreneure n’est plus à l’heure des angoisses. Elle a réussi à s’imposer dans le milieu. Adèle a fait la prouesse de créer, en 2010, Synovie promotion, une société chargée de la revente de médicaments aux structures médicales. « Entre temps, j’ai bien compris mon domaine. Je postule maintenant aux appels d’offres ; chose que j’ignorais. Par la suite, quand les choses ont commencé à prospérer, j’ai ouvert parallèlement une salle de sport ».

 

  Adèle Nikiéma, une féministe dans l’âme

Si Adèle Nikiéma est une femme d’affaires très occupée, elle n’oublie pas la cause féminine. Ainsi, elle a publié, en 2007, son premier roman « La mangeuse d’âme », pour dénoncer « l’injustice » dont les femmes sont parfois victimes.

 

A travers cette œuvre, la romancière a, comme elle le souligne, fait passer un message de tolérance envers ces personnes qui sont le plus souvent exclues. « Le plus étrange c’est que les concernées dans les histoires de sorcellerie sont surtout les femmes sans défense. Pourquoi ?», s’interroge-t-elle.

 

Son combat, elle le mène dans l’ombre. Avec les droits d’auteur du roman et ses propres deniers, elle a apporté du soutien aux femmes vivant dans cette situation au centre Delwendé. Elle milite pour une meilleure instruction des jeunes filles et combat la misère. « Il faut que les jeunes filles soient mieux éduquées. Ainsi, elles sauront se comporter autrement », pense-t-elle.

 

En attendant la publication du tome 2 de son roman, Adèle Nikiéma, jamais fatiguée, a jeté son dévolu dans le pilotage des avions depuis 2014 tout en continuant ses activités. « Aujourd’hui, je suis élève-pilote. Je n’aime pas m’ennuyer. Je n’ai pas suffisamment d’heures de vol pour le moment. Je suis toujours en apprentissage et je le fais à mon rythme, compte tenu de mes nombreuses occupations ».

 

Ayant débuté son entreprise dans des situations difficiles, Adèle est aujourd’hui est une cheffe d’entreprise épanouie. Elle caresse l’ambition de créer plus tard des entreprises dans le solaire et une grande ferme agricole à l’image des fermiers américains qui utilisent des avions pour traiter leurs champs.

Issa KARAMBIRI