Joseph et Bernadette Yanogo ont 53 ans de vie commune. Si le poids de l’âge est visible sur leur visage à tous les deux, leur amour au contraire n’a pris aucune ride. Réticents au départ, car se voulant toujours discret, le vieux couple a fini par nous ouvrir leur porte et leur intimité. Voici les secrets d’un demi-siècle de mariage heureux.

Joseph et Bernadette se sont dits OUI il y a 53 ans.  C’était le 21 novembre 1964 à la mairie centrale de Ouagadougou. Bernadette s’en souvient encore comme si c’était hier. Un mariage célébré en présence de plusieurs ministres du régime de Maurice Yaméogo. De cette union, sont nées cinq enfants et 11 petits fils, dont trois déjà à l’université. Le couple est bien comblé et vit une retraite paisible. Ils s’occupent de leurs petits fils. Maman Bernadette trouve du plaisir à rendre visite à ses enfants et à prendre soin de ses petits-enfants ; tandis que Papa Joseph se recueille de temps à temps dans son champ pour mettre de l’ordre et contempler la nature.

Sya, la ville ou tout à commencer

Joseph, jeune fonctionnaire en 1962, il venait d’être affecté à Bobo Dioulasso. Comme tout jeune, après l’obtention d’un travail il faut songer à fonder une famille. Soucieux de trouver une bonne épouse, Joseph confie cette tâche à sa belle sœur qui ne tarda pas à lui présenter Bernadette et Joséphine. Son cœur a sans hésitations Bernadette, alors qu’il ne l’avait jamais vu auparavant.

Pour Joseph, la situation économique et le physique de Bernadette importaient peu. Toutefois dans ses critères, Joseph ne s’imaginait pas non plus être avec une femme illettrée ou une simple ménagère. Sa vie très modeste né d’un brave paysan, ne le fût pas renoncer Bernadette dont le père fût commandant de cercle, haut fonctionnaire de l’État à l’époque. Sans protocole, les deux familles consentirent à leur projet d’union.

 

Une vie de couple rythmée de bonheur et de dures épreuves

 

La vie des Yanogo a été ponctuée par de longues absences de Joseph au foyer pour des raisons d’études pendant plus de quatre ans. Et Bernadette s’était retrouvée seule dans la belle-famille avec quatre enfants et y a vécu deux ans. Entre mauvaises langues ou oiseaux de mauvaises augures et difficultés, elle résiste tant bien que mal jusqu’au retour de son époux. Une séparation qui a certes été douloureuse à supporter pour tous deux mais, qui a sans doute muris et consolidés davantage leur amour.

Difficile soit-il de résumer sa vie d’1/2 siècle, le couple Yanogo se souvient bien encore des privilèges et honneurs tout comme des dures épreuves vécues. Donner naissance, éduquer ensemble les enfants, vivre les mariages et les réussites scolaires et professionnelles de ceux-ci, sont autant d’occasions de bonheur.

Mais à côté de ces temps de joie, il faut également se soutenir pendant les dures épreuves comme la mort des êtres chers.

Bernadette trouve toujours du plaisir à cuisiner pour son époux malgré la présence des aides ménagères. Joseph aime bien manger le riz traditionnel que seule sa femme sait cuir. Lui, par contre, est loin d’être un cordon bleu. Il se rappelle que lorsqu’il a voulu faire plaisir à sa femme une fois en préparant, le repas à cramé.

Les secrets d’un demi-siècle de mariage heureux

Pour les Yanogo, chaque couple développe ses astuces pour être heureux. Mais selon eux, le socle du bonheur est d’abord de bien se connaître. Une fois cette étape franchie, le ménage a toute la vie pour se remettre en cause, s’améliorer sans forcement vouloir changer l’autre, car notifie le vieux, « c’est d’ailleurs plus facile de se changer soi-même pour s’adapter à l’autre que de vouloir changer l’autre».

En outre, le respect mutuel, la communication, la confiance et la reconnaissance des échelles de valeurs de l’un et de l’autre sont autant de méthodes qui aident dans la consolidation de son mariage selon Papa Joseph.

Pour Bernadette une femme doit admirer son mari, reconnaître ses efforts, le respecter dans les moindres détails car les hommes ont besoin d’être toujours valoriser.

Joseph et Bernadette sont de fervents chrétiens catholiques. Mettre Dieu au centre de sa vie a toujours été la devise du couple Yanogo. Et surtout conseille Joseph, « il faut vivre pour l’autre et non pour soi, être attentif à ses besoins, les prendre en compte dans la mesure du possible et faire des concessions ». Une vie de couple est constamment jalonnée de bons comme de durs moments. Et même si l’on n’est pas d’accord avec certaines décisions de l’autre, se disputer n’est pas la solution. Maman Bernadette conseille de « toujours se dire la vérité », car dit-elle on ne peut pas construire une vie sur le mensonge.

Il ajoute que les occupations professionnelles peuvent aussi créer une distance entre les couples, mais il faut toujours trouver du temps pour l’autre. « L’amour qui est souhaité dans le mariage nécessite qu’on passe beaucoup de temps ensemble pour mieux se connaître et mieux s’apprécier ». Il n’y a certes pas de recette miracle pour protéger un mariage mais, les weekends, les vacances, les anniversaires sont autant de rendez-vous pour consolider les relations et les sentiments», a-t-il témoigné.

 

Témoignage d’un fils Yanogo

Serge Yanogo, 3e fils de Joseph et Bernadette a 48 ans. Chrétien catholique engagé, il est marié et père d’une fille de 14 ans. Pour Serge Yanogo, sa relation avec ses parents à son jeune âge était ordinaire comme toutes les familles à Ouagadougou. Il a été éduqué dans la simplicité. « Bien que papa fut un cadre, on n’a jamais senti qu’on était supérieur aux autres enfants », dit-il. Serge est engagé dans le soutien des couples. C’est pourquoi, il avoue que la longévité de l’union de ses parents est un mérite et une grâce de Dieu. Il reconnaît que ses parents ont su faire preuve de sagesse et mis en avant les valeurs de l’éthique, de respect et de la parole. Contrairement aux jeunes couples. « Même quand papa et maman se disputent, nous assistons sans prendre parti. Ils nous ont éduqué à garder notre place d’enfants », affirme-t-il avec sûreté. Ce qui est intéressant, d’après leur fils, est que les disputes ne vont jamais loin. Serge Yanogo n’a pas connu cette période où son père voyageait beaucoup, car cela coïncidait avec l’année de sa naissance, mais pense avoir sans doute souffert de l’absence paternelle dans l’inconscience.

Le fait qui a le plus marqué Serge Yanogo dans sa vie par rapport à ses parents est le respect mutuel : « Je n’ai jamais entendu mes parents s’insulter ou se manquer du respect. Ils se disent toujours du bien de l’un et l’autre, même lorsqu’ils se disputent.

Assétou W. Maïga

Madeleine Kienou