Des jeunes filles continuent toujours de subir les affres du mariage forcé au Burkina Faso malgré son interdiction par la loi. Celles qui refusent de se soumettre se trouvent souvent bannies  par leur famille, errant sans domicile  au risque de viols et autres dangers de la rue. Trois jeunes filles pensionnaires de l’hôtel maternel de Ouagadougou témoignent.

Nous voici ce 7 mars 2017, veille de la journée internationale de la femme, à l’hôtel maternel de Ouagadougou, un centre d’accueil de jeunes filles victimes d’exclusion sociale. Le sort de trois d’entre elles, victimes de mariages forcés est scellé : elles ont été chassées pour refus d’épouser les hommes qui leur ont été choisis.

 

Grande, visage émincé et des seins à peine développés, Aminata Belem n’a rien d’une femme mure. Pourtant, cette fille de 14 ans a dû fuir sa famille à cause d’un mariage forcé. « Après le décès de ma mère, je fus confiée à ma tante, il y a quatre ans. Elle vit dans le quartier de Rimketa à Ouagadougou. Je faisais la classe de CM1, et pendant les vacances 2016, mon oncle me fit venir à Dédougou sous prétexte qu’il voulait faire ma connaissance. Après avoir passé quelques jours avec lui, il me fit rentrer à Titao pour voir mon père. Quand je suis arrivée, tout était prêt pour mon mariage à mon insu. Je compris alors le complot de mon oncle et de mon père. Par la suite, je su que mon oncle connaissait mon mari, un homme de la cinquantaine, marié à deux femmes, dont l’une décédée et l’autre ayant abandonnée le foyer conjugal. Il a 3 grands enfants bien plus âgés que moi. J’ai vécu avec lui jusqu’en février 2017, et je le supportais malgré moi. Les travaux ménagers n’étaient pas pénibles pour moi, à comparer à ce que je subissais la nuit pendant les relations sexuelles. Il me forçait pour me faire l’amour. Le 14 février 2017, il me violenta et j’ai dû m’enfuir et passer la nuit dans la rue à Kilwuin. Le lendemain, un monsieur me conduisit à l’hôtel maternel », raconte la jeune fille complètement anéantie.

 

Napoko Ouédraogo, elle, a 20 ans. Elle vient du village de Latodin dans la commune de Yako. « J’ai fugué du domicile paternel en juillet 2016 pour rejoindre mon copain dans la ville de Yako, lorsque j’ai su qu’on voulait me donner en mariage en Côte d’Ivoire. J’ai fait 3 mois avec lui. Mes parents le contraignent à me ramener. De là, ils décidèrent de m’amener en Côte d’Ivoire pour retrouver mon soi-disant mari. Sur la route de voyage en partance pour Bobo Dioulasso, j’ai profité d’un arrêt du véhicule pour expliquer mon problème aux agents de sécurité. Ceux-ci me conduisirent à l’action sociale de Bobo Dioulasso ». C’est ainsi que Napoko rejoint l’hôtel maternel le 23 décembre 2016, par l’intermédiaire de l’action sociale de Ouagadougou.
L’hôtel maternel constate à son arrivée que Napoko était enceinte. Bien évidemment, à l’insu de ses parents et de son copain.

Le copain de Napoko fût contacté et il approuva la grossesse, même si jusque-là il ne lui a toujours pas rendu visite malgré l’insistance de l’hôtel maternel. Du côté des parents de la jeune fille, la colère est à son paroxysme. Napoko est à terme et l’hôtel maternel attend son accouchement pour poursuivre les démarches du côté de sa famille en vue de sa réinsertion. « Je suis souvent triste et j’ai envie de revoir mes parents », dit-elle. Mais ce qu’ignore cette fille, est que « ses parents sont vraiment furieux, et aucune personne de sa famille ne veut la voir. C’est en quelque sorte un bannissement », a affirmé Louise Ouédraogo, chef de service filles en difficulté par intérim.

Awa Diallo une autre jeune fille innocente de 13 ans est arrivée à l’hôtel maternel il y a quelques jours. Traumatisée par les relations sexuelles, elle s’est enfouie du domicile conjugal au bout de deux semaines de mariage. Ne sachant où aller, elle est arrivée à Ouagadougou grâce à de bonnes volontés.

Louise Ouédraogo nous relate l’ histoire de Awa Diallo dans cette vidéo

Selon Salifou Younga, directeur de l’hôtel maternel, le mariage forcé est l’une des principales raisons qui amène les filles dans sa structure.

 «La vie de ces jeunes filles exclues interpelle tout un chacun de nous en tant que parents ou éducateurs. Si nous arrivons à cette situation, cela veut dire qu’il y a eu intolérance quelque part. Rejeter sa fille à cause d’un mariage forcé ou d’une grossesse ou pour une raison ou une autre, peut être qualifié de fuite de responsabilité et revient à en faire une charge pour d’autres personnes », s’est-il insurgé.

 

Assétou W. Maïga
Note de la rédaction :

Trois mois après, soit le 15 juin 2017, nous sommes retournées sur nos pas pour avoir des nouvelles de ces filles ;
Napoko Ouédraogo a accouché d’un garçon par césarienne au Centre Universitaire Yalgado Ouédraogo. L’hôtel maternel a réussi aussi difficile que cela a été, à convaincre ses parents à l’accepter. Son retour en famille a donc été organisé et présentement Napoko est heureuse avec son bébé. Son copain a manifesté le désir de l’épouser.

Du côté de Aminata Belem aussi, la médiation a également réussi. Elle est repartie chez ses parents à Titao.

Quant à Awa Diallo, elle vit toujours à l’hôtel maternel. Jusque-là, on n’a aucune de nouvelles de ses parents.