On l’appelle Sylvie la Nounou. Comme elle se définit elle-même, la nounou, c’est celle qui s’occupe des enfants des autres sans être sûre que quelqu’un s’occupe des siens. Elle a exercé ce métier en France pendant près de vingt ans. Sa particularité est d’être une femme indignée qui a refusé de se résigner face au traitement réservé à certaines auxiliaires parentales. C’est ainsi qu’elle a créé le premier syndicat national des auxiliaires parentales en France. Dans cette interview, qu’elle a bien voulu nous accorder (par le billet de l’internet), cette femme d’exception revient sur les circonstances de la création de son syndicat.

 

Queen Mafa : Présentez-vous à nos lecteurs ?

Sylvie Fofana (S. F.) : Je suis Sylvie Fofana,  Franco-ivoirienne. Je vis en France depuis 1992. Je suis mère de trois enfants dont deux garçons âgés de 29 et 27 ans  et une fille de 23ans

Queen Mafa : Pourquoi la création d’un syndicat des auxiliaires parentales (nounous) ?

S.F : Lorsque, je suis arrivée en France, juste après la naissance de ma benjamine, je me suis inscrite dans un Greta pour préparer le Bac pro section secrétariat bureautique. 

Pour trouver un logement, il me fallait travailler. Après ma formation, j’ai exercé des CDD tout de même précaires dans le secrétariat. En allant rendre visite à mes amies dans les parcs, je décidais de travailler auprès des enfants. En 1995, date de début de mon embauche, j’étais parmi les rares auxiliaires parentales qui avaient deux employeurs en même temps (garde partagée). Au fur et à mesure, je compris qu’il y avait trop d’injustices subies par bon nombre d’auxiliaires parentales. Lorsqu’elles avaient des soucis plus personne ne les écoutait. Elles étaient isolées. Je me suis dit en ce moment là qu’il fallait qu’on prenne nos destins en main.

Et c’est ainsi que j’ai mis en place dans un premier temps l’association des nounous d’île de France en 2010. Deux ans après nous avons décidé d’aller plus loin dans notre combat en mettant en place le premier syndicat des gardes d’enfants à domicile (2012).

Nous utilisons le terme auxiliaire parental car le terme nounou paraît un peu dévalorisant.

Queen Mafa : Quelles sont les difficultés particulières que rencontrent les nounous en France ?

S.F : Les difficultés particulières que rencontrent les auxiliaires parentales sont pour la plupart le non respect du code du travail, et le manque de reconnaissance de leur droit   par des employeurs.

Queen Mafa : Le métier nourrit-t-il son homme ?

S. F. : On va dire que le métier nous permet de rester dignes. De pouvoir élever nos enfants sans tendre la main à autrui. Il faut dire que les auxiliaires parentales sont payées pour la plupart au SMIG. Elles travaillent en moyenne 50 heures hebdomadaires. Ce qui fait des sacrés horaires.

Queen Mafa  : Des perspectives  pour votre syndicat?

S. F. : Oui comme tout syndicat nous  voulons le meilleur pour nos adhérents, nous ferons tout pour sortir de la convention collective des salariés du particulier employeur,  les auxiliaires parentales. Leur place se trouve aux côtés des assistantes maternelles qui exercent le même travail qu’elles.

Queen Mafa : Un dernier mot ?

S. F : Je demande à nos frères et sœurs africains de faire confiance à ceux d’entre nous qui entreprennent des choses. Qu’on arrête de dire : « lorsqu’un noir entreprend quelque chose il ne le termine pas. »

   Si nous sommes encouragés, il n’y a pas de raison que  l’on n’aille pas plus loin. La solidarité fait défaut aux africains de la diaspora. Donnons-nous la main car ensemble, on arrive à soulever des montagnes.  Merci à vous pour l’opportunité que vous m’offrez pour pouvoir m’exprimer au sein de votre tribune. Recevez tous mes encouragements.

 

Interview par mail réalisée par Lala Kaboré/Dera

deralala28@yahoo.fr