Que Devient Béatrice Damiba depuis son départ à la tête du Conseil supérieur de la communication (CSC) en 2014 ? Pour le savoir, votre journal Queen Mafa a fait un tour à son domicile le 21 juin dernier. Décontractée et bien mise dans un boubou en Faso Danfani, celle qui fût la première femme journaliste Burkinabè de niveau universitaire, ne semble pas du tout se tourner les pouces, même si elle est de moins en moins sur la scène publique. Entre ses petits-enfants, les évènements sociaux, « Tantie Béa », comme nous l’appelons affectueusement dans le milieu de la presse, trouve du temps de faire quelques consultations. Dans cet entretien qu’elle a bien voulu nous accorder, Béatrice Damiba s’exprime sur l’institution qu’elle a dirigée, la situation politique nationale et bien sûr sa vie de retraitée.

 

Queen mafa (QM) : Depuis votre départ du CSC, on vous voit rarement. Que devient Béatrice Damiba ?

 

Béatrice Damiba (BD) : La fin de mon mandat au CSC en septembre 2014 a été également le début de mon admission effective à la retraite. C’est donc normal que vous ne me voyiez pas souvent puisque je ne suis plus au-devant de la scène médiatique. Mais rassurez- vous, je ne m’ennuie pas. Je reste très active au plan familial, social, associatif. J’ai aussi des sollicitations d’ordre professionnel. A titre d’exemples, l’observation médiatique d’élections présidentielles dans quelques pays africains ou des études enqualité de consultante.

 

QM : Aujourd’hui quel regard portez-vous sur le CSC, notamment avec tous ces bruits et incompréhensions avec les médias ?

BD : Le CSC est aujourd’hui gouverné avec un autre style que le mien. Je ne souhaite pas y apporter un jugement de valeur. Certes, il est inévitable qu’en régulant, il y ait des incompréhensions avec certains médias mais l’on doit toujours travailler à privilégier l’écoute, l’encadrement, la pédagogie et l’appui-conseil à l’endroit des organes de presse.

 

QM : Comment voyez-vous le contenu des médias burkinabè aujourd’hui?

BD : Il m’est donné de constater tous les jours des insuffisances d’ordre éthique et déontologique, de langage, d’écriture et de culture générale dont je fais part quelquefois à certains responsables de médias. Cependant, je me félicite de l’effectivité de la liberté de la presse dans notre pays ainsi que de la vitalité accrue de nos médias qui contribuent sans conteste à l’éducation citoyenne et à la culture de la paix et de la démocratie. Toutes choses qui ont valu au Burkina Faso d’être classé cette année par Reporters sans frontières (RSF) 42ème dans le monde, 5ème en Afrique et 1er pour l’Afrique francophone en matière de liberté de la presse.

 

QM : La question de la convention collective peine à être effective, quelles sont selon vous les solutions qui pourraient résoudre cette difficulté?

BD : Il est vrai que je ne suis plus au fait des choses mais vous devriez vérifier avant d’affirmer que la Convention collective peine à être effective car il me semble qu’un certain nombre d’organes de presse ont commencé à l’appliquer. Pour ceux qui traînent le pas, il revient aussi aux travailleurs de se battre pour obtenir sa mise en œuvre. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, la Convention collective des journalistes et assimilés n’est pas l’affaire du CSC, même si je suis fière de l’avoir fait aboutir en 2009. Le CSC n’est qu’un accompagnateur, un facilitateur entre les signataires que sont les associations des patrons de presse, les associations des travailleurs des medias et le ministère en charge du travail.

 

QM : Quelle appréciation faites- vous de la présence des femmes dans les médias Burkinabè?

B.D : La presse burkinabé se féminise de plus en plus et c’est tant mieux car le mixage ne peut être que bénéfique dans l’intérêt de la profession et des populations. Les femmes des médias sont très méritantes et j’en veux pour preuve, entre autres, votre propre journal Queen Mafa et les prix remportés par de nombreuses femmes aux Galian 2016. Je suis fière de ces consœurs et fière aussi d’avoir été une des pionnières qui leur ont ouvert les portes du métier. Mon regret reste l’insuffisante responsabilisation de ces compétences féminines au sein des médias.

 

Je reste convaincue que l’avenir du Burkina Faso et la paix dans le monde sont entre les mains des femmes

 

 QM : Comment peut-on accélérer à votre avis à l’égalité homme- femme au Burkina Faso ?

B.D : Disons qu’au Burkina Faso de grands progrès ont été accomplis grâce à la lutte des femmes elles-mêmes notamment l’accès à l’éducation, à l’emploi, au crédit, et l’engagement politique, droits conférés par le code des personnes et de la famille. Malheureusement certaines idées reçues et certaines pratiques socioculturelles néfastes comme l’excision, le mariage forcé ou précoce, le bannissement etc., ont la tête dure et c’est dommage que des femmes par ignorance ou par peur contribuent à les perpétuer. Je reste convaincue que l’avenir du Burkina Faso et la paix dans le monde sont entre les mains des femmes.

QM : On vous disait proche du pouvoir à l’époque. Pourquoi Béatrice Damiba ne s’est-t-elle jamais présentée à une élection politique de quelque niveau que ce soit?

B.D : J’ai été politiquement engagée pendant plus de trois décennies et je crois modestement que les luttes auxquelles j’ai pris part avec d’autres camarades ont contribué à l’éveil des consciences et à l’avènement du Burkina Faso de droit démocratique actuel. Si je ne me suis jamais présentée à une élection à quelque niveau que ce soit, c’est probablement en partie parce que je suis restée longtemps à l’étranger comme ambassadeur et qu’à mon retour, je me devais de rester neutre et impartiale en tant que présidente de l’instance de régulation des medias qu’est le CSC. Sinon il faut savoir que je fus membre fondateur de l’ODP/MT le 15 avril 1989 et membre de son premier bureau exécutif. Comme vous le savez, le CDP est né en février 1996 de la fusion de l’ODP/MT avec d’autres partis politiques. Si je voulais être député, je l’aurai été dès la première législature en 1992 mais j’avais décliné la proposition de candidature.

On n’est pas soit même maître de sa carrière, on choisit son métier et le destin crée les opportunités

QM : Le Burkina Faso a connu une insurrection qui a conduit à une transition, quelle appréciation faites vous de cette période ?

B.D : Peut être que je suis naïve ou trop honnête mais je crois aux principes, valeurs et règles de la démocratie et de la République. C’est pourquoi je suis meurtrie que la violence se soit invitée dans la résolution de problèmes politiques. Vous l’aurez compris, je suis apôtre de la non-violence. A l’heure actuelle, je souhaite vivement que tous les Burkinabè arrivent à se réconcilier, qu’ils puissent tous jouir de leurs droits et des libertés que leur confère la Constitution de notre Etat de droit et que la justice pour tous soit une réalité.

                                               

QM : Si votre carrière était à refaire, qu’auriez-vous changé ?

BD : Je n’aurais rien changé. J’aurais refait exactement les mêmes choix quoiqu’il ne soit pas sûr que j’aurai eu les mêmes opportunités. On n’est pas soit même maître de sa carrière, on choisit son métier et le destin crée les opportunités. J’ai choisi le journalisme car dès mon jeune âge, c’était pour moi un réel plaisir d’écouter la radio, j’aimais beaucoup la diction et par-dessus tout j’étais très forte en écriture.

 

QM : Un dernier mot ?

B.D : Merci d’être venus à moi. Bon vent à Queen mafa.net, le premier journal féminin en ligne du Burkina Faso. Félicitations et courage à ses animateurs car je sais que ce n’est pas facile de créer et de faire vivre un tel outil d’information et de communication.

 

 

                                                                                                                                                 Kaboré Dera  Lala